Quels sont les éléments essentiels pour qu'un projet développe la pratique feminine?

Je ne vais pas développer sous l’aspect théorique, mais à partir de faits pratiques rencontrés sur le terrain.

Prenons l’exemple de la garde d’enfants :

Suite a l’enquête que j’avais pu mener avec le soutien de la ffvl, elle semblait un bon élément pour augmenter le nombre de compétitrices et par ricochet le nombre de pratiquantes.

Elle s’est développée très rapidement dans les Pyrénées sur les compétitions au départ, mais pas uniquement.

En l’espace d’une année, le nombre de compétitrices s’est multiplié par plus de 2. On en conclut donc un effet plus que bénéfique.

4 ans plus tard, elle n’existe quasiment plus dans cette région, et ne s’est quasiment jamais développé en dehors.

Pourquoi ?

Elle a très bien marché au départ car :

-         Nous étions un certain nombre de femmes a être confronté au problème de la « garde d’enfants dans le couple », nous avions donc réfléchi et conceptualisé ensemble autour de ce besoin. Lorsque l’idée a pris la forme d’un projet concret il a était soutenu sur un plan local par un club (dont Pascale était présidente, et dont Marie Paule depuis de longues années avait développé un pôle féminin), puis au niveau fédéral par l’intermédiaire d’une personne « ressource » c’est à dire bien placé au sein du système et qui a appuyé fortement notre demande. Nous avons donc réfléchi à un cadre juridique, mis en place un partenariat avec une association proposant des activités en milieu naturel, le tout subventionné par les clubs et la FFVL.

Que s’est il passé ensuite ? Les personnes, dont moi-même, portant ce projet se sont retirées de la compétition (enfants ayant grandit et n’ ayant plus besoin d’être gardé, pour des raisons personnelles, de déménagement…). A mon sens le mouvement était soit trop jeune, soit trop identifié aux personnes l’ayant portés, et on pourrait rajouter que ces personnes (dont je suis) n’ont peut être pas essayé de relayer le projet avant de partir.

 

Ainsi sans motivation et engagement, le développement de la pratique féminine ne peut pas avoir réellement lieu.

De même, sans personnes ressources (assez reconnu et travaillant au sein de la ffvl) désirant « réellement » soutenir le projet, il ne peut exister à long terme.

Dans le cas des Pyrénées, cette personne (Kevin Bonnenfant) père lui aussi de deux enfants étaient également intéressé.

 

La garde d’enfants n’a pas pris ailleurs malgré des essais parce que le désir n’était pas suffisamment fort pour porter le projet jusqu’au bout. Il ne suffit pas de désirer, penser, il faut aussi œuvrer, porter. Cela prend du temps et de l’énergie.

Anne Dufour

Le développement de la pratique féminine n’est pas qu’une histoire de femmes

Si nous pouvons élaborer nos propres besoins, vouloir agir seule c’est ce leurrer. Nous avons besoin de soutien.

Le soutien passe par les différents niveaux d’organisations (club, ligue, ffvl, presse.)

 

Au niveau de la communication, et surtout presse.

Il est dommage que certains magazines encore plus celui tenue par une femme, puisse nous dire : « Le problème c’est que ce genre d’articles, tournés vers une pratique spécifiquement féminine, la rencontre... intéressent peu les lecteurs. Nous le savons par nos sondages. » parapente mag.

 

Lors de notre demande de subventions pour le projet « Autour d’Ailes », aux différents niveaux des organisations ffvl, nous avons souvent entendu le discours « nous ne sommes pas la pour vous payer vos vacances ».

Je peux vous garantir que lorsque je souhaite partir en vacance, je ne passe pas des heures en élaborations de projets, montages de dossiers de quinzaine de pages pour demander des subventions, des écritures de bilans prévisionnels, de mails et téléphone de tout cotés, etc…sur place je ne me sens pas responsable du déroulement, je n’ai pas  d’obligations envers quiconque…je n’écris pas des articles pour expliquer nos actions qui pour la plupart sont refusés par les magazines…

 

Nous avons vu qu’il ne suffit pas de monter un projet pour qu’il réussisse. Il faut le porter, le défendre, obtenir ces fameux soutiens. Beaucoup ne pensait pas que nous irions jusqu’au bout. Certains se sont engagés à nous aider, mais n’y croyaient pas et donc ce sont rétracté au dernier moment. Et il ne s’agit pas seulement ici d’une histoire d’homme, des femmes aussi nous ont lâché quand le projet s’est concrétisé et qu’il fallait financer. Heureusement d’autres nous ont soutenu.

 

Il faut donc avoir réellement envie de s’investir. Malheureusement j’ai eu l’impression qu’il ne s’agissait pas seulement d’investissement, mais de se défendre. Nous avons été attaquées, traitées de « féministe » au sens « anti-hommes ». D’ailleurs beaucoup de personnes pensent les actions menées par des femmes pour des femmes ainsi : féministe extrémiste !!

Il est parfois difficile d’endurer tout cela …

Et là, nous allons recommencer à encaisser tout cela pour poursuivre notre action au TOGO, parce que le développement féminin, ce sont plusieurs axes de développement et surtout qui s’inscrivent dans la durée…sinon, le nombre de licenciées ne dépassent jamais les 16%…

 Anne Dufour

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Une pratique du parapente autre que dans l’extrême ?

Il me paraît essentiel de montrer une image du parapente autre que celle de l’extrême et ceci d’autant plus que l’on veut développer la pratique féminine.

 

Les sports à risques sont identifiés dans notre société comme « fief d’une masculinité virile et hégémonique. Les institutions sportives répondent à la transgression faite par leur ouverture aux femmes en instaurant des politiques identitaires visant au maintien des distinctions entre les sexes. » C.Mennesson – 2010.

Les directives nationales pour le développement de la pratique féminine sont bien transcrite au sein de la FFVl comme le démontre les interventions de Fred Escriba. Mais ce que souligne Christine Mennesson, comme beaucoup d’autres femmes ayant écrit dans ce domaine (Anne Saouter par exemple), c’est qu’inconsciemment des mécanismes subconscients peuvent altérer cette mission.

 

Un exemple précis, combien de films présentés aux publics lors du festival de St Hilaire ces dernières années mettent en avant « le plaisir et la douceur de voler » par rapport à ceux montrant de l’extrême ? Les rares films sur la présence de femmes sont celles ayant rechapées de la mort par miracle ou l’histoire d’un parcours d’une femme seule, ce qui révèlent bien son coté « hors du commun ». Il en est de même pour tous les « micros films » circulant sur le net.

Dans ces conditions, nous exposons au premier plan le « risque » et la « virilité » de ce sport. Excluant par la même une clientèle potentielle énorme.

 

Combien d’entre nous ont amené une femme voler qui pensait « que ce n’était pas pour elle ? qu’elle ne pensait pas pouvoir le faire ? » simplement parce que sa représentation n’était pas la réalité. Après ce bi-place elles changeaient d’avis.

Je ne prétends pas que le parapente n’est pas une activité à risque. Mais en faire sa seule image de marque va beaucoup plus attirer les hommes que les femmes. Il s’agit ici d’une représentation sociale. N’oublions pas que nous ne naissons pas femmes, mais que nous le devenons…(Beauvoir)

 

La pratique recherchée par la plupart des femmes n’est pas seulement celle de la performance, mais celle du plaisir incommensurable de voler.

Ne cherchons pas à augmenter le nombre de compétitrices en oubliant de développer le nombre de licenciées pratiquantes.

Organiser des stages autour de la performance n’est pas (à ce que j’ai pu constaté) ce que recherche la plupart des femmes. D’ailleurs toutes les discussions sur les mailistes des femmes qui sont nés après ces stages ne portaient pas sur les techniques qu’elles avaient apprit ou approfondit, mais bien sur le  plaisir d’avoir volé ensemble.

 

La pratique féminine ne passe pas forcement par la recherche de performances en premier lieu. Il ne faut pas non plus la nier.

Ce qui est ressorti du voyage au Maroc, mais aussi dans d’autres stages encadrés par des femmes, c’est de ne pas se sentir juger, ne rien avoir à prouver. Si vous lisez les paroles de femmes

http://www.parapente-cielaventure.fr/nos_projets_passe_present_avenir/autour_d_ailes-2009 vous le verrez. De même dans notre documentaire.

 

C’est donc la conception même de l’engagement dans le développement de la pratique féminine qui doit être revue. Quelle message souhaite t’on faire passer, par qui ?

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Être reconnue comme sportive avant d’être changée en poupée sexy est ce possible?

Voici un article très intéressant dénonçant comment le sport féminin est obligé de se prostituer pour exister.
http://www.slate.fr/story/37173/sport-femmes-image
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